« La Tunisie était un protectorat de la France jusqu’en 1956. Mais depuis, le gouvernement s’est retiré et la Tunisie est parfaitement indépendante. » – Voilà à peu près ce qu’on apprend à l’école lorsqu’on est un petit enfant encore innocent. Ça mériterait quand même une bonne révolution contre l’Education Nationale pour dire ce genre de conneries. Bon, en réalité, la France s’est vraiment « retiré » de la vie politique Tunisienne mais il ne faut pas rêver. La France n’allait quand même pas renoncer à toutes les richesses que ce petit pays de presque 12 millions d’habitants détient.

On ne dirait pas comme ça mais la Tunisie détient quand même pas mal de richesses:

  • Le phosphate: premier producteur mondial
  • Le silicium
  • L‘uranium
  • Le pétrole

Mohamed Balghouthi, co-fondateur du CRET (Comité de Réflexion sur l’Economie Tunisienne) en parle le 10 Juillet 2012 lors de sa conférence « Tunisie : dette, ressources naturelles, souveraineté et constitution ».

Eh oui, la Tunisie ce n’est pas seulement le tourisme, Djerba et le couscous. Il y a plus et, ça, la France l’a bien compris. Evidemment, lorsqu’elle a fait de ce petit pays d’Afrique du Nord son protectorat, elle n’avait pas en tête seulement de « civiliser » le peuple (comme le dirai notre amie Marine le Pen). Les différentes colonisations n’avaient qu’un seul but: enrichir la France. Il est important de savoir à ce stade d’avancement de l’article que je n’écris pas ces lignes pour blâmer les français. Je fais clairement une différence entre les français et le gouvernement français.

Avec près de 1 200 sociétés françaises installées en Tunisie, qui emploient 106 000 personnes, la France se positionne au premier rang des investisseurs étrangers en nombre d’entreprises.

Alors oui, toutes les entreprises qui s’implantent en Tunisie créent du travail vous me direz. Mais quelles sont les conditions des travailleurs ? Pour quels salaires ? Il est certain que ces entreprises y gagnent quelque chose car elles ne sont pas là pour sauver les pauvres petits Tunisiens. Sinon, ils auraient plutôt envoyer des ONGs. Alors oui, on peut remercier la France d’avoir construit des infrastructures mais ça lui a surtout servit pour acheminer toutes ses marchandises qui font sa richesse aujourd’hui. Malheureusement, les politiques tunisiens ne se gênent pas pour vendre leur pays aux puissances internationales.

« Faire sentir à l’indigène engourdi dans une paresse millénaire, que la condition première pour devenir un homme civilisé, c’est de travailler ; lui inculquer cette notion de travail obligatoire, comme l’inculquer à nos enfants, ce n’est pas faire œuvre de garde-chiourme, mais œuvre de civilisation. » (Le Monde colonial illustré, Travail et civilisation, 1930)

Un contraste Nord/Sud important

Si vous avez déjà voyagé en Tunisie, et pas seulement Tunis et Djerba, vous avez surement constaté le décalage économique et culturel entre le Nord de la Tunisie et le Sud. A la très impudique Tunis, on oppose la très traditionnelle Tataouine. Et Tataouine, c’est la région dont sont originaires mes parents. Personne n’y va à part ceux qui veulent y voir les décors de Star Wars. Ou ceux qui y ont de la famille. Ou les deux (parce que moi aussi j’suis une fan de Star Wars). Clairement, Tataouine donne l’impression d’être un trou perdu même si on y trouve des stations services Total.

Il n’y a quasiment pas de trottoirs, seules les rues principales sont goudronnées. Il n’y a aucun centre commercial et le seul Carrefour de la région se trouve à Djerba (et il vient d’ouvrir). La nuit, il n’y a de la lumière que dans les artères principales de la ville. Et on trouve peu de transports arrivant jusqu’à Tataouine. Le train en provenance de Tunis s’arrête à Gabes. Comme j’aime à le dire, Tataouine est à la Tunisie ce que Jaffna est au Sri Lanka. Le gouvernement ne développe que le Nord du pays et a complètement oublié cette région du Sud. En même temps, tous les dirigeants qui se sont succédé ont eu à cœur de développer leur région d’origine, c’est-à-dire le Nord et particulièrement Tunis.

L’impact social dans cette zone de la Tunisie est violent et triste puisque tous les jeunes souhaitent partir. Et ils sont mêmes prêts à risquer leur vie et à quitter leur famille en traversant la méditerranée en bateau dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. Il n’est pas rare d’entendre des histoires issues du bouche à oreille de Tunisiens qui ont fui la région du Sud pour traverser par bateau la Méditerranée jusqu’en Italie et, malheureusement, mourir noyés. Il est clair que si la Tunisie ne leur donne pas de travail (donc rien pour survivre), ils vont bien venir en France pour « voler » le travail des français.

Un autre impact sur la société qu’on ne soupçonnerait pas: beaucoup de femmes se retrouvent à 40 ans célibataires. Alors, je ne dis pas que c’est le plus important mais dans une société où le mariage est un passage obligatoire dans la vie d’une femme (surtout pour avoir des enfants), beaucoup d’entre elles se retrouvent sans homme et à vivre chez leurs parents jusqu’à un âge très avancé. Ces hommes ont décidé de partir chercher du travail à l’étranger où de se marier à d’autres femmes. A Tataouine, il est courant de choisir son futur époux au sein de sa famille ou dans la communauté proche.

La première chose que je me suis dite c’est « pourquoi ces femmes ne partent pas à Tunis ? ». Mais dans une société traditionnelle comme celle-ci, la femme ne peut partir de chez elle que lorsqu’elle sera mariée ou si elle a de la famille à Tunis. Et puis, en parlant avec pas mal de personnes, peu d’entre eux aiment Tunis: trop violente et débauchée.

Un pays qui se réveille…

Je n’étais quand même pas peu fière de voir la Tunisie se révolter. Ils ont initié le printemps arabe et ce n’est pas rien. C’est Mohammed Bouazizi qui s’immole à Sidi Bouzid pour protester contre la saisie de sa marchandise par la police. C’est là, le début d’une vague de contestation qui atteindra la capitale, Tunis. Un tout petit peu à la manière de la Révolution française: on commence à la campagne et on fini par foutre le feu à la ville.

La colonisation ne s’est pas terminé, elle s’est transformée. La maxime du grec Anaxagore prend tout son sens: « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».

Pour info, voici la liste des principales entreprises françaises:

  • Telecom: Orange
  • Banque: BNP Paribas, Société générale
  • Distribution: Carrefour
  • Industrie: Valeo, Faurecia, Alstom, Total

2 Replies to “Tunisie, une colonie économique française”

  1. C’est super de faire ce type d’article, ça change beaucoup des récits purement touristiques qu’on voit souvent sur les blogs… On manque de ce type de contenu. Bravo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *