Je n’avais pas du tout entendu parler de la guerre civile au Sri Lanka jusqu’au jour ou j’ai postulé à cette offre d’emploi en 2015 qui indiquait « Colombo, Sri Lanka ». Je n’étais pas scotché aux chaines d’informations mais quand même la guerre civile s’est finie en 2009 et je n’y avais jamais prêté attention (my bad). Et puis, il faut le dire, je n’étais pas franchement curieuse de ce pays. Mais j’ai décidé de me rattraper et de faire un petit résumé de l’histoire et de la situation actuelle. First thing first, la guerre civile a opposé les Cinghalais bouddhistes (70% de la population) aux Tamouls (18% de la population).

Le gouvernement Cinghalais qui cherche un peu la merde

Avant l’indépendance en 1948, les Cinghalais ont reproché aux Britanniques d’avoir donné plusieurs avantages aux Tamouls. C’est pour cette raison qu’ils ont décidé de « reprendre » leur pays en mettant en place différentes mesures pour montrer qui sont les vrais « chefs » sur l’île. L’accumulation de ces mesures visant à diminuer l’importance de la population Tamoule a encouragé la formation du groupe indépendantiste LTTE (Tigres de libération de l’Eelam Tamoul).

Petit florilège des « mesures » par trop appréciées par les Tamouls:

  • Les terres situées autour du réservoir créé par un barrage auraient dû être attribuées aux familles tamoules déplacées par sa réalisation. Cependant, le gouvernement de l’époque accorda ces terres cultivables à des colons cinghalais, originaires du Sud de l’île.

  • La langue officielle devient le cinghalais.

  • Le Bouddhisme devient la religion nationale.

  • L’importation de films, livres ou parutions en Tamoul venant d’Inde du Sud est interdite, au nom de la politique d’autosuffisance économique.

  • Le parti politique tamoul indien, le Dravida Munnetra Kazhagam est interdit. Il en est de même pour la Tamil Youth League.

  • Des quotas sociaux et territoriaux sont mis en place dans les admissions universitaires  ou les cinghalais sont avantagés. En gros, comme il y a moins de Tamouls au Sri Lanka alors il y en aura moins dans les grandes universités. Les Tamouls étaient initialement mieux représentés parmi les diplomés grâce aux Britaniques. Sous couvert d’égalité, l’équité à disparu.

  • Le nom du pays est changé: Ceylan devient Sri Lanka, un nom cinghalais.

Les Tamouls se révoltent

Les Tamouls Sri Lankais n’ont pas trop kiffé toutes ces mesures et de sentent de plus en plus exclus de la société. Apparemment, ils seraient trop « Indiens » puisque ramenés par les colons britanniques. Alors que dans les faits, de nombreuses castes cinghalaises sont aussi issues d’immigrants du sud de l’Inde qui ont embrassé l’identité bouddhiste. Les Tamouls ont décidé de se révolter, d’abord via différentes manifestations qui ont débouché en des centaines de morts, puis ensuite en créant la LTTE. Ils se sont dit que comme ils n’étaient pas reconnus par le Sri Lanka, alors ils allaient se battre pour créer leur propre Etat, l’Eelam Tamoul. Bien évidemment, le gouvernement n’a pas trop accepté et c’est à partir de là que les choses se gâtent.

Les Tigres Tamouls se révoltent et pas de la meilleure manière:

  • De nombreuses manifestations à travers le pays.

  • Des attentats suicides.

  • Certains enfants sont enrôlés de force dans les rangs des Tigres.

Les événements n’ont fait que s’envenimer et plus les Cinghalais luttaient contre les Tamouls plus ces derniers devenaient violents pour se faire entendre. A ce rythme là, certains Tamouls de Jaffna (le cœur du LTTE) avaient même peur de leur propre camp et de ce qu’ils faisaient. Ils ne cautionnaient plus les attentats, les morts et cette ambiance pesante de guerre civile. Comment la situation a-t-elle autant dégénérée alors que la raison primaire (faire reconnaître leurs droits) était juste ? Certains combattants de leur propre camp avait sali la cause et c’était désormais tout ce que voyait les cinghalais et le monde: les Tamouls n’étaient plus que des terroristes.

Mon expérience au Sri Lanka (2015-2017)

Je suis arrivée au Sri Lanka en 2015, soit six ans après la guerre. L’émotion est passée mais pas les rancœurs, qui restent ancrées profondément et qu’on aperçoit que lorsque l’on gratte un peu beaucoup. Dire que le racisme anti-tamoul est mort avec la guerre est faux. Savoir ce que pensent vraiment les Sri Lankais sur ces années noires a été particulièrement difficile. Et comme parfois je n’ai pas de tact, je posais la question directement aux cinghalais (majorité à Colombo) et ils ne me répondaient qu’avec un sourire gêné. Ils ne voulaient pas en parler. Déjà parce que ce n’était pas un super souvenir et puis par pudeur j’imagine. J’ai quand même eu un témoignage d’une cinghalaise de qui j’étais proche et qui, dans son discours, on sentait encore qu’elle faisait une distinction entre les cinghalais et les tamouls. Pour illustrer mes propos, au lieu de dire cinghalais, elle disait Sri Lankais mais les tamouls étaient eux, des tamouls et pas des « Sri Lankais ». Tu vois la subtilité ? A ce jour, elle reste persuadée que l’armée n’a fait que se défendre contre les Tigres Tamouls et que le gouvernement n’a tué que les « terroristes » (sous entendant qu’il n’y avait aucune victime civile tamoule) (Ah la propagande cinghalaise !). Les aînés ont plus de mal à changer leur mentalité vis à vis des Tamouls mais aussi des musulmans dont ils ont une mauvaise image (en même temps tous les récits des Sri Lankaises qui se font maltraitées en Arabie Saoudite n’aident pas la cause musulmane).

Constat tout de même positif: certains jeunes veulent que la situation avance et que la société devienne plus égalitaire. Six années ne sont clairement pas suffisantes pour que les Sri Lankais pardonnent complètement. Il faudra du temps, comme après tout événement difficile. Et puis moi je n’y connais rien. Je ne connais pas ce sentiment d’après guerre car j’ai de la chance de vivre dans un pays en paix. J’évite de juger puisque je n’ai pas « marché dans leurs chaussures ».

Et les Sri Lankais de France ? Ils n’ont pas complètement oubliés et n’hésitent pas parfois à être dur envers les Cinghalais du Sri Lanka. Ils perpétuent un peu la haine qu’ont pu avoir leurs parents envers ceux qui les ont forcés à fuir leur pays. Ces mêmes parents ont peut-être fuit la guerre, mais ils l’ont subi en France puisque certains d’entre eux ont contribué financièrement à la LTTE. Certaines de mes amies affichent une certaine « rancœur » envers les cinghalais sur les réseaux sociaux. Cependant, j’ai travaillé avec une Franco-Sri Lankaise au Sri Lanka et le fait de revenir dans ce pays qui a été si hostile envers ses parents et à côtoyer des Cinghalais lui a permis douvrir son cœur et de « pardonner ». Après tout, ces Cinghalais avec qui elle vit au quotidien ne sont pas responsables des agissements de leur gouvernement. Elle a réalisé l’importance d’éduquer les populations à l’esprit critique.

Les efforts de réconciliations sont à faire des deux cotés, que ce soit pour les Tamouls ou pour les Cinghalais. Faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. Après l’élection de Sirisena à la tête du pays (après Rajapakse, pro-Cinghalais à fond !), les tamouls y ont vu une lueur d’espoir. Désormais ils attendent des actions concrètes comme par exemple, développer le Nord du pays qui marque un véritable contraste avec le Sud. A Jaffna ou Trincomalee, tout est tellement sauvage, peu de grands hôtels alors que dans le Sud, vous ne comptez plus les établissements hôteliers et les fiestas jusqu’au bout de la nuit.

Point culture. La chanteuse MIA (originaire de Jaffna) a elle aussi dû fuir la guerre au Sri Lanka et n’a pas hésité à mettre sa notoriété au service de la justice. Elle a reconnu avoir été qualifié de « terroriste » à plusieurs reprises du fait des exactions des Tigres Tamouls. Moral de l’histoire: ne pas faire de généralités sur les populations.

Quelle leçon pour nous, français ?

Il y a plusieurs leçons que l’on pourrait retenir (à mon humble avis) de ces événements tragiques qui ont eu lieu au Sri Lanka. Et l’une d’elles serait qu’il faille faire très attention à ce que le gouvernement peut véhiculer comme idées et comme lois qui « soi-disant » sont instaurées pour notre bien ou notre propre sécurité. Accepter que le gouvernement Français puissent entrer dans nos vies privés sous couvert d’état d’urgence est inacceptable.

Faire très très attention au communautarisme. Il peut avoir des conséquences redoutables et on n’a pas trop envie de voir la même situations qu’on vécu les cinghalais et les Tamouls se reproduire sur nos terres. On peut apprendre beaucoup de ces erreurs et éviter de les commettre. Ce serait parfait.

Et puis, aimez vous. C’est ennuyeux de tous se ressembler.

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