En photo, qu’elles sont belles les plantations de thé ! C’est vert, c’est montagneux, c’est magnifique !

Nuwara Eliya, Ella et Haputale sont des incontournables dans les circuits au Sri Lanka. Tout le monde veut voir les plantations de thé. Qui ne voudrait pas d’ailleurs ?

Vivant au Sri Lanka depuis déjà quelques mois à l’époque, je décide d’aller explorer la région montagneuse que je ne connaissais pas encore mais dont j’avais beaucoup entendu parler. Mais qu’elle n’a pas été ma déception lorsque je m’y suis rendue. Un choc !

Mais c’est quoi cette esclavage des temps modernes ? – moi dans ma tête

Je n’ai pas été déçue par les paysages. Pour le coup, ils étaient encore plus waouh que sur les photos. Non mais c’était réellement éblouissant et rafraîchissant. Et je pèse mes mots. Mais il est ou le problème alors ? Le malaise lorsqu’on rencontre les cueilleuses de thé !

enfants sri lanka

Origine des cueilleuses de thé du Sri Lanka

Sir Thomas Lipton a eu la « brillante » idée de remplacer les champs de café du Sri Lanka qui pourrissaient par des champs de thé. Sauf que pour les cueillir, il fallait une main d’œuvre qui sache s’y prendre. Et pas trop cher s’il vous plait ! Les cinghalais auraient pu faire l’affaire mais ils étaient bien meilleurs dans les plantations de riz et d’ailleurs, ils étaient  réticents à faire ce travail « ingrat ».

Notre très célèbre Sir Lipton va tout naturellement penser aux indiens du Tamil Nadu pour venir lui constituer sa fortune… et sa notoriété !

Bah ouais, Lipton est super populaire partout dans le monde pour son thé. Il a tout simplement basé sa fortune sur une main d’œuvre très, très bon marché en revendant son thé plus cher aux occidentaux. Il a « importé » des indiens tamouls pour travailler dans les plantations de thé. Le tout bien sûr, dans des conditions exécrables.

Même si les conditions de travail n’étaient vraiment pas bonnes à l’époque où les indiens sont arrivés, le problème est que ces conditions n’ont absolument pas changé. Se balader dans les plantations de thé est comme se retrouver dans un modèle économique datant du siècle précédent. C’est comme si le temps s’était figé. Beaucoup de touristes adorent car ils ont l’impression de faire un voyage dans le passé. Mais ce n’est pas forcement drôle pour ces cueilleuses de thé.

Aujourd’hui, en 2017, on est encore témoin de l’esclavage. Un esclavage économique moderne.

La vraie vie des cueilleuses de thé du Sri Lanka

Les conditions de travail des cueilleuses de thé

Imaginez-vous que le monde évolue mais pas vos conditions de travail ? Imaginez être payé autant qu’au siècle dernier ? Imaginez vivre dans des habitations insalubres avec toute votre famille ?

Lorsqu’on se balade dans les plantations de thé, il nous saute aux yeux que seulement des femmes travaillent. « Elles ont des mains plus petites » nous dit notre guide. Les cueilleuses de thé ont aussi le savoir-faire que les hommes n’ont pas et vont davantage rechercher la qualité des feuilles que la quantité. Les hommes sont chargés des récoltes dans les usines de thé.

Une journée de travail typique ?

Les cueilleuses de thé travaillent à certaines heures de la journée en fonction de leur division. Elles doivent collecter environ 16 kilos de feuilles de thé par jour sous un soleil de plomb. De plus, elles doivent monter jusqu’à une certaine altitude, afin de collecter le thé de meilleure qualité.

L’âge limite de travail est fixé à 55 ans. A cet âge, les cueilleuses de thé reçoivent une pension d’un certain montant qu’elles devront gérer jusqu’à la fin de leur vie. Elles n’ont pas à proprement parlé de « retraite ». Si elles épuisent cette somme reçue, elles devront retourner travailler. Les plus chanceuses sont soutenues financièrement par leurs enfants.

La vie familiale des cueilleuses de thé

Hormis les difficiles conditions de travail, la vie intime est inimaginable et le harcèlement sexuel propice. Aucune vie de famille n’est possible puisque tous les travailleurs vivent ensemble et les jeunes filles sont souvent victimes de ces hommes malsains. Les familles vivent dans des « divisions » ou elles se retrouvent à 3 ou 4 familles par « cases ». En gros, leur vie, c’est leur travail. La mendicité est aussi courante parmi les cueilleuses de thé.

Et les enfants dans tout ça ? Ils vont à l’école. Tout va bien. Mais ça ne sert à rien de leur demander ce qu’ils veulent devenir lorsqu’ils seront grands ? Dans le monde des plantations de thé, on est cueilleuses de thé de mère en fille.

En réalité, les parents sont conscients du destin qui attend leurs enfants et ils font généralement tout pour que ces derniers puissent étudier et aller en ville pour avoir un emploi « décent ». Sauf que malheureusement cela ne se passe pas toujours comme cela. Les filles deviennent pour la plupart des cueilleuses de thé. Et les garçons travailles dans les usines de thé ou deviennent guide dans la région des montagnes (comme un de nos guides).

Même pas une petite amélioration ?

En faisant mes recherches sur le sujet, j’ai été étonnée de ne trouver que très peu d’articles sur le sujet. La majorité ne traite que de la magnificence des plantations de thé. C’est vrai que c’est un panorama incroyable. Mais on ne peut absolument pas fermer les yeux sur cet esclavage moderne. Je me suis sentie mal de me balader, moi en tant que « blanche », alors qu’elles, vivaient dans la misère.

J’ai été tellement heureuse de lire le commentaire d’un homme décrivant les conditions déplorables dans lesquelles vivent les cueilleuses de thé. Mais joie de courte durée puisque les commentaires suivants me mettent littéralement en rogne. Voici ma petite sélection des réponses au commentaire de ce monsieur qui parle de cette situation :

Ceci est un forum de voyage.

Les « opinions politiques » n’ont pas leur place ici.

Quel est votre avis sur les conditions des tamouls au nord du pays?

Tout ça pour dire que peu de personnes manifestent leur mécontentement mais je pense que beaucoup en ont conscience. J’en ai pas mal parlé avec mes amis qui vivent au Sri Lanka, et nous avons tous la même opinion sur le sujet: les cueilleuses de thé sont exploitées !

Et aujourd’hui?

Une fois le thé réduit en poudre, il est emmené à Colombo ou des goutteurs professionnels en fixent le prix. Le meilleur thé est exporté à l’étranger. Puis celui de bonne qualité reste au Sri Lanka et se partage entre Dilmah, Lipton et autres marques. Toutes les marques ont exactement le même thé, seule la renommée de la marque fait que celui-ci sera plus cher qu’un autre. Les cueilleuses de thé se retrouvent avec le « Dust 3 », c’est-à-dire le thé de plus mauvaise qualité.

Vous pouvez consulter la page de cette ONG qui a à cœur l’avenir de ces cueilleuses de thé et qui font en sorte que les choses changent: Sensibiliz’Action.

Si vous décidez de visiter le Lipton Seat à Haputale, emmenez avec vous des biscuits et des stylos (achetés sur place). Les enfants n’hésiteront pas à vous en demander. Et ça fait toujours mal au cœur de leur dire non… Ne leur donnez pas d’argent car cela encouragera leurs parents à mendier et à arrêter l’école.

Ces cueilleuses de thé je les trouve admirables. Toujours à nous sourire et à nous souhaiter la bienvenue dans leur pays.

Articles recommandés:

Une vidéo réalisée par une amie Canadienne: témoignage d’une cueilleuse de thé

Critique du livre Les cueilleuse de thé par Tongs et Sri Lanka.

Article par la journaliste Catherine Gerst sur les esclaves des plantations de thé.

2 Replies to “L’esclavage moderne des cueilleuses de thé du Sri Lanka”

  1. Ayubowan, très bon article sur le sujet dont on ne parle malheureusement pas assez. Ca fait partie de mes objectifs 2018 que d’aller faire un reportage pour en parler car le livre Cueilleuses de thé m’a bouleversé sur le sujet de fond qui est traité sous couvert de l’histoire romantique.
    Merci à toi d’en avoir parlé,
    Amitiés voyageuses !
    Caroline

    1. Ayubowan Caroline ! Ça me fait plaisir de lire quelqu’un qui a vécu au Sri Lanka et qui pense pareil que moi. Il y a tellement de choses difficiles qui se passent là bas qu’il est parfois plus facile de fermer les yeux et de profiter des paysages.
      J’ai hâte de lire/voir ton reportage !
      Belle journée à toi 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *